mardi 12 mars 2013

Un peu de sensibilisation féministe, ça vous dit? (partie 1 : Théorie)

Depuis maintenant quelques mois, je me confronte régulièrement à des discussions au sujet du féminisme, du sexisme, de la domination masculine et des problématiques liées au genre avec des personnes qui ne sont pas spécialement éduquées et sensibilisées sur ces questions.
Bien que me donnant parfois franchement envie d' arracher tous mes cheveux un par un, ces échanges m'apportent souvent des choses, en particulier des clés pour comprendre pourquoi certains sujets sont conflictuels. (et d'autres non)
Du coup, j'ai eu envie de me pencher sur quelques uns des points qui reviennent régulièrement pour essayer de peut être sensibiliser un peu les moins avertis qui auraient envie de réfléchir et prendre part aux diverses questions féministes...


La première des choses qui me semble très problématique, c'est la méconnaissance générale du sujet.(Non, une interprétation hative du sens des mots et trois remarques autour de la machine à café, ça ne suffit pas pour avoir une vague idée de ce dont on parle) Cela dit je ne blâme personne pour cette méconnaissance. Il est évident que l'idéologie dominante n'incite pas au féminisme, pas plus qu'à l'antisexisme ou aux problématiques liées au genre. Et les rares occasions où elle aborde ces sujets, c'est pour mieux les discréditer et se réaffirmer au passage. 
Ainsi, il me semble absolument primordial de définir quelques uns des concepts et des piliers clés pour aborder solidement les questions féministes dans leur globalité : Le féminisme en lui même bien sur, mais aussi le sexisme, et bien sur le patriarcat, essentiel pour contextualiser les concepts et expliquer la notion de domination masculine.


_ La définition "simple" du terme "féminisme" "Le féminisme est un ensemble d'idées politiquesphilosophiques et sociales cherchant à définir, promouvoir et établir les droits des femmes dans la société civile et dans la sphère privée. Il s'incarne dans des organisations dont les objectifs sont d'abolir les inégalités sociales, politiques, juridiques, économiques et culturelles dont les femmes sont victimes." => source Wikipédia
Certaines définitions abordent le féminisme comme le fait de promouvoir l'égalité homme/femme, tout simplement. (La domination masculine étant avérée (voir définition du patriarcat) d'un point de vue institutionnel et privé, on estime que promouvoir l' extension du droit des femmes est le chemin évident vers l' instauration de l'égalité homme/femme)

_ La définition simple du terme "sexisme" : "Attitudes et comportements fondés sur la discrimination sexuelle", "Discrimination envers les femmes" => source L'internaute
note : La majorité des définitions du sexisme précise que la discrimination se fait contre le sexe féminin de façon très majoritaire. Cela s'explique par la contextualisation du terme au sein de nos sociétés actuelles (ou passées), à savoir le patriarcat. (voir ci dessus)

_ Le contexte sociétal : le patriarcat : "Forme d'organisation sociale dans laquelle l'homme exerce le pouvoir dans le domaine politique, économique, religieux, ou détient le rôle dominant au sein de la famille, par rapport à la femme." => source Larousse
IL est primordial de comprendre que lorsqu'on évoque les questions féministes, on les contextualise dans l'organisation sociétale qui nous correspond actuellement, à savoir le patriarcat. (C'est absolument essentiel, car dans une forme d'organisation sociétale différente, le féminisme aurait d'autres objectifs/formes, peut être même qu'il n'aurait pas lieu d'exister!)
Certains s'offusqueront que l'on puisse qualifier les pays du Nord comme toujours soumis à l'organisation patriarcale, car en théorie, ces derniers en sont à peu près libérés institutionnellement. (Là où ce n'est clairement pas le cas dans certains pays du Sud)
Seulement, les fondements patriarcaux de nos sociétés sont restées profondément ancrés dans les esprits, le bon sens populaire, les traditions, les médias, et on en trouve encore de très nombreuses traces institutionnelles.
L'organisation patriarcale assigne les rôles et les caractéristiques des genres, définissant ainsi une hiérarchie au sein de laquelle la virilité est survalorisée.
Ce qui nous amène à un dernier point essentiel : la domination masculine.



_ La domination masculine : Le concept de domination masculine a été largement abordé par Bourdieu dans un ouvrage éponyme, mais il ne lui est pas propre. (On trouve aussi cette conférence de Christine Delphy et de nombreuses autres références)
Il est absolument essentiel de comprendre que lorsqu'on parle de la domination masculine ou du privilège masculin, "les hommes" sont désignés en tant que groupe ou classe social, soit comme un groupe de personnes connaissant des caractéristiques et une hiérarchie sociale communes, mais dont les propriétés peuvent être distinctes des individus qui les composent. En des termes plus simples, il est évident que lorsqu'on parle "des hommes", "du masculin" (ou "des femmes", "du féminin"), il n'est aucunement question de généralisations de comportements/de désignations individuelles ou d'essentialisme. On parle "des hommes" de la même façon qu'on pourrait parler "des pauvres", "des noirs", "des prolétaires", "des blancs", "des femmes", "des enfants" etc. dans n'importe quelle étude sociologique.
Je peux comprendre que le concept de domination masculine puisse être dur à avaler pour certains hommes. En effet, à l'heure du capitalo-libéralisme, s'entendre dire qu'on appartient à un groupe social favorisé alors que l'oppression économique est généralisée peut apparaître comme injuste.
Cependant, nos sociétés sont organisées et hiérarchisées autour de grands axes et structures, et nos positions en tant que membre d'un groupe social ou en tant qu'individu y sont variables et diverses. L'approche que l'on a est elle aussi déterminante, selon qu'elle soit plutôt macrosociologique (globale) ou microsociologique (plus précise).Par exemple, je vis en France en tant que femme en situation précaire, je suis donc en position défavorisée, mais d'un point de vue plus global, en tant qu' habitante d'un pays du Nord, je suis en position privilégié. On peut donc avoir une position favorisée sur certains axes, et défavorisée sur certains autres.
Il y a divers outils pour déterminer une position privilégiée/défavorisée, la plus courante étant celle des observations d'équivalences : Face à une situation/problématique similaire, une personne favorisée aura plus facilement l'ascendant/trouvera plus facilement une solution qu' une personne défavorisée. Et surtout, une personne favorisée sera statistiquement moins exposée à la rencontre de certaines problématiques qu' une personne défavorisée.
Aussi faut il préciser que l'on est toujours plus facilement conscient de l'oppressif que du favorisant, et qu'il est ainsi extrêmement difficile de prendre conscience de ses privilèges. (La grosse erreur étant de les considérer comme des acquis partagés par tous)

Le patriarcat définit la virilité (= un homme, un vrai) par tout ce qui tourne autour de l'agressivité, de la force, de la puissance, de la brutalité, et d'autres du même champs... Le patriarche type est grand, fort, a les capacités de défendre et de protéger sa famille, mais aussi de la "conduire", de la commander. Il est le décisionnaire, celui qui sait, celui qui explique, celui qui possède. 
La féminité quant à elle (= une femme,une vraie) sera définit par tout ce qui tourne autour de la finesse, de la douceur, de la légèreté, de la docilité, et d'autres du même champs. La femme idéale type est avant tout "compagne de" patriarche (oui, le patriarcat est également hétérocentré, fallait il le préciser?), elle n'existe pas vraiment par et pour elle même. Elle est exécutante et à pour priorité de se conformer aux désirs de son homme, même (et surtout) sexuellement. Si elle n'est pas encore "compagne de", cela devra être son dessein absolu.
En définissant ainsi les rôles genrés, le patriarcat favorise les hommes, et c'est ce phénomène de favorisation qui se traduit dans l'opinion générale, les médias, les institutions, la vie privée, etc qui est dénoncé à travers le concept de domination masculine ou de privilège masculin.

Mais une autre réalité saute aux yeux : en définissant ainsi les normes et les rôles genrés, l'organisation patriarcale est source de nombreuses injonctions oppressives massivement dirigées vers les femmes, mais aussi en partie vers les hommes. Il ne fait pas bon d' être trop éloigné des standards propres à son genre sous peine de sanction immédiate, à savoir l' exclusion sociale.
Pour un homme, la situation la plus pénalisante sera d'être considéré comme "faible" (=féminin), et pour une femmes, la situation la plus pénalisante sera d'être considérée comme sexuellement invalide (=grave défaut du rôle assigné de "compagne de" et d'exécutante des désirs)
Pour contourner ces situations pénalisantes et se conformer au mieux aux idéaux type genrés, les hommes pourront recourir au développement de diverses formes d'agressivité, là où les femmes pourront recourir au développement de diverses formes d'hyper sexualisation.
On comprend donc que la définition des rôles genrés par le patriarcat favorise certes le masculin, mais le masculin tel qu'il est conçu et validé par lui même, assignant ainsi les hommes qui s'éloignent du standard qui leur correspond à développer des stratégies de compensation ou de mise en conformité (ou d'acceptation d'un statut marginalisé) pour accéder à l'intégration sociale.
Les femmes elles, défavorisées d'emblée par leur position, se trouvent encore plus oppressées par ces injonctions genrées. Ces dernières engendrent un climat de désolidarisation, par ailleurs tout à fait profitable aux dominants pour conserver leur position. Et dans une organisation où elles ne peuvent qu'exceptionnellement exister par et pour elle même, et où donc la validation par le masculin est une clé d'existence sociale, être en marge du standard revient à être invisible, ni plus ni moins.

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Ces quatre éléments me semblent vraiment essentiels pour pouvoir commencer à aborder les discours et problématiques féministes avec un minimum de pertinence.
Le féminisme, c'est donc une doctrine qui lutte pour établir une égalité hommes/femmes d'un point de vue médiatique, institutionnel, mais aussi privé. C'est le fait de combattre les injonctions genrées normatives et oppressives, et les nombreux rapports de domination liés au patriacat.
Le féminisme c'est cool et c'est frais quoi, en fait.

Dans le prochain épisode, nous lacherons le théorique pour le pratique et nous partirons à la rencontre des manifestations du patriarcat dans nos quotidiens! (mais si ça va être bien)

12 commentaires:

  1. Merci pour ces définitions et remises en place ! Tu me permets d'affiner certaines choses que je n'arrivais pas à formuler avec justesse :)
    Hâte de lire la suite, donc !

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  2. Une synthèse remarquable avec une police de caractères minuscule.

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  3. Merci mille fois pour cet article qui remet bien les choses en place... exactement ce dont j'avais besoin, à partager !

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  4. Ha oui, merci pour cet article qui me semble très clair et synthétique :)

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  5. Ce qui illustre très bien ce sont les tableaux de Gayle Rubin (ou Monique Wittig ? j'ai oublié) avec la hiérarchie des sexualités du straight vanilla au plus "sale"

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  6. Un homme ne peut pas être à la tête du ministère des Droits des femmes?

    Un homme peut comprendre la condition humaine mais pas celle de la femme?

    Le préambule de la déclaration des droits de l'homme ne fait pas de distinction sur le genre et n'attribue pas un rôle de protection et d'amélioration de la condition humaine que pour un sexe uniquement.

    Ce que j'ai à dire, c'est que le féminisme n'a rien d'humanisme, dans ses revendications unilatérales.

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    1. Ha ouais mais alors vous,vous avez tout lu et tout compris quoi O__O

      (Ps : l'humanisme est une doctrine éxtrêmement sexiste, en fait)

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  7. TRes clair, et toujours très bien écrit :)

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  8. Y aurait-il un ou des ouvrages que tu conseillerais pour aller plus loin dans ce genre d'études? Je suis novice dans ce domaine mais j'avoue que c'est une question qui m'intéresse...

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    1. Béréni, Chauvin, Jaunait, Revillard, Introduction aux études sur le genre

      Pour la base. :)

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  9. Je pense que ton article est une bonne synthèse pour celleux qui veulent "débuter" en féminisme

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  10. Je ne m'étais jamais réellement intéressée à tout ça jusque il y a peu de temps, et quand on commence à prendre conscience de certaines choses c'est tout le système qui nous saute à la gueule dans son orientation "patriarcale" en effet.
    Parce que nous les femmes ont doit pas trop la ramener (exemple: contestataire mec = grande gueule entendu dans son sens mélioratif, contestataire femme = grande chieuse), on se doit d'être bien habillées, bien foutues, aimables et de pas adopter des comportements trop agressifs qui flouteraient les limites et nous placeraient dans une position perturbante car hors norme pour la plupart des gens (qui par paresse aiment bien voir ça comme une preuve d'homosexualité de la femme en question parfois_j'en témoigne ça m'est arrivé plusieurs fois_comme ça hop là bien catégorisée affaire bien classée).

    Et une petite réflexion qui m'est venue en lisant l'article (et qui semble peut être évidente à certaines personnes mais bon) : en fait être marginal c'est s'inscrire dans le système autant que n'importe qui car revendiquer sa marginalité c'est entrer dans une case que le système a crée pour nous.. Etre marginal c'est s'inscrire dans une catégorie et d'une certaine manière reconnaître ce faisant les valeurs du système puisqu'on se légitime soi même, par rapport à ces valeurs, en se plaçant dans le rôle du marginal..
    ON EN FINIT JAMAIS haha!

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